lundi 21 août 2017

La salle de bal - Anna Hope

Par Daphné














Auteur : Anna hope
Titre : La salle de bal
Genre : roman
Langue d’origine : anglais
traductrice : Elodie Leplat
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 383
Date de parution : 2017


Résumé de l'éditeur :

Lors de l’hiver 1911, l’asile d’aliénés de Sharston, dans le Yorkshire, accueille une nouvelle pensionnaire : Ella, qui a brisé une vitre de la filature dans laquelle elle travaillait depuis l’enfance. Si elle espère d’abord être rapidement libérée, elle finit par s’habituer à la routine de l'institution. Hommes et femmes travaillent et vivent chacun de leur côté : les hommes cultivent la terre tandis que les femmes accomplissent leurs tâches à l’intérieur. Ils sont néanmoins réunis chaque vendredi dans une somptueuse salle de bal. Ella y retrouvera John, un «mélancolique irlandais». Tous deux danseront, toujours plus fébriles et plus épris. 
À la tête de l’orchestre, le docteur Fuller observe ses patients valser. Séduit par l’eugénisme et par le projet de loi sur le Contrôle des faibles d’esprit, Fuller a de grands projets pour guérir les malades. Projets qui pourraient avoir des conséquences désastreuses pour Ella et John. 
Après Le chagrin des vivants, Anna Hope parvient de nouveau à transformer une réalité historique méconnue en un roman subtil et puissant, entraînant le lecteur dans une ronde passionnée et dangereuse.


Mon avis :

Je remercie tout d'abord Babelio qui m'a permis de découvrir ce livre! 

Voilà un livre qui m'a appris beaucoup de choses. J'ignorais tout du projet de loi, dans les années précédant la première guerre mondiale, sur le "contrôle des faibles d'esprit". De l'eugénisme, je connaissais surtout les faits et discours datant de la seconde guerre mondiale. Or, comme me l'a appris ce livre, l'eugénisme trouve ces racines des années auparavant et s'étend non seulement sur plusieurs décennies mais également à travers les pays (en me renseignant suite à la lecture de ce livre, j'ai appris avec effroi qu'un programme eugéniste avait été suivi en Suède jusqu'en 1976 et qu'il semble toujours sévir en Asie de nos jours). La salle de bal est un roman mais il est basé sur des faits historiques. L'auteur s'est inspiré de l'histoire de son propre grand-père qui fut interné dans un asile du Yorkshire. 

On croise dans ce roman le chemin de deux personnages, Ella et et John, tous deux internés en 1911 pour des raisons particulièrement exagérées. C'est dans l'immense salle de bal de l'asile où se réunissent les hommes et les femmes chaque semaine qu'ils se rencontrent et cela changera leur vie à tous les deux.
Parallèlement à l'histoire de John et Ella, évolue dans le même endroit mais de manière totalement différente, Charles Fuller, médecin et musicien. Charles est persuadé que la musique peut aider à guérir les patients et il organise ainsi chaque vendredi le fameux bal qui réunit les "plus méritants". Mais s'il est épris de musique, Charles montre également un intérêt de plus en plus vif pour l'eugénisme. 
Les personnages sont bien construits, l'auteur montrant une grande finesse dans la description de leur histoire et de leur évolution. 

L'auteur nous plonge dans l'Angleterre d'avant-guerre, dans l'obscur univers d'un asile et dans l'horreur de l'eugénisme. Ce livre est particulièrement bien documenté tout en laissant place à l'imagination de l'auteur. On se laisse emporter dans l'histoire des personnages mais également dans l'Histoire avec un grand H. 

Un livre aussi intéressant par son histoire que par son côté instructif!


Extrait :

"L'avenir arrivait. Même ici. Même ici sur cette île bateau chargée d'âmes, naufragée sur les mers verdâtres de la lande, même ici il se fraierait un passage."


samedi 19 août 2017

Première personne du singulier - Patrice Franceschi

Par Ariane
Prix Goncourt de la nouvelle 2015


Auteur : Patrice Franceschi

Titre : Première personne du singulier

Genre : nouvelles

Langue d’origine : français

Editeur : Points

Nombre de pages : 210p

Date de parution : janvier 2015

Présentation de l’éditeur :

Toute existence peut s’achever sur un choix impossible et tragique, si terrifiant qu’on donnerait tout pour l’éviter. Dans les nouvelles réunies ici ? Un fanal arrière qui s’éteint ? Carrefour 54 ? Le Naufrage du lieutenant Wells ? Le Train de six heures quinze ?, Flaherty le vieux marin, le sous-lieutenant Vernaud, Wells l’idéaliste égaré, les résistants Madeleine et Pierre-Joseph, vivent les plus radicaux de ces choix ultimes. Ils les affrontent seuls, à la première personne du singulier. Avec ce sens du tragique qui permet de surmonter toutes les épreuves.



Mon avis :

Le choix. Tel est le sujet des quatre nouvelles de ce recueil, dans lesquelles chaque personnage se trouve face à un choix cornélien.

Difficile de résumer ces histoires dans risquer de trop en dire. Deux d’entre elles se déroulent pendant la Seconde Guerre Mondiale, les deux autres racontent des naufrages. J’ai beaucoup aimé les deux premières nouvelles du recueil avec une nette préférence pour la première. Le personnage de ce capitaine, son amour pour sa femme et son fils, la vie du navire… puis le choix. C’est beau et terrible. Et le jeune lieutenant de la nouvelle Carrefour 54, arrivé au front bien décidé à devenir un héros mais qui n’a pas eu le temps de faire ses preuves avant la capitulation de la France. Il semble bien fat au début ce jeune homme, mais l'héroïsme se cache parfois là où on ne l'attend pas.

Les deux autres nouvelles m’ont moins convaincue. La dernière notamment Le train de six heures quinze, qui à mes yeux tirait trop sur la corde sensible.

J’ai été conquise autant pas les histoires que par leurs personnages et l’écriture de l’auteur. C’est une très belle découverte qui mérite bien le prix Goncourt de la nouvelle obtenu en 2015.



Extrait :

« Être instituteurs, ça laissait des traces : Virgile, Voltaire, Aristote, Racine, Marc Aurèle, Ronsard, Balzac, Maupassant, tant d'autres...Il n'en manquait aucun et tous habitaient sa vieille maison familiale; on les avait accueillis année après année comme des visiteurs de marque ou des amis de longue date; on les avait logés au mieux, sur d'innombrables étagères qui allaient du sol au plafond et de la salle à manger aux chambres à coucher, et ils vivaient ainsi côte à côte comme des gens de la même famille, du même clan, de la même connivence. Enfant, il imaginait que tous ces morts se parlaient la nuit, une fois les hommes endormis. Et que d'une bibliothèque à l'autre, d'un siècle par-dessus l'autre, ils se disaient de ces choses incroyables qui font une civilisation. »

L'avis de Laure

vendredi 18 août 2017

La petite fille de Monsieur Linh - Philippe Claudel

Par Daphné



















Auteur : Philippe Claudel
Titre : La petite fille de Monsieur Linh
Genre : roman
Langue d’origine : français
Editeur : Le livre de poche
Nombre de pages : 162
Date de parution : août 2005

Présentation de l’éditeur :

C'est un vieil homme debout à l'arrière d'un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh.
Il est seul désormais à savoir qu'il s'appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s'éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l'enfant dort.
Le pays s'éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l'horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.

Mon avis :

Tout d'abord, merci à Ariane qui m'a envoyé ce livre lors de notre dernier swap! Elle ne s'est pas trompée en pensant qu'il me plairait!

Monsieur Linh a tout quitté : son village, son pays. Fuyant la guerre, il choisit l'exil afin de sauver sa petite-fille de quelques mois, Sang-Diû. Pour elle, il est prêt à tout. Elle est tout ce qui lui reste et c'est avec une infinie tendresse que le vieil homme prend soin d'elle.

C'est avec une écriture juste et délicate que l'auteur nous parle ici de l'exil et du déracinement. On ressent à travers ses mots le désarroi de Monsieur Linh face à ce pays inodore, si différent du sien, où tout lui est inconnu. On ressent sa nostalgie et sa solitude mais aussi une très grande force, la force de  tout recommencer pour offrir une belle vie à sa petite-fille. 

Ce livre est aussi l'histoire d'une amitié. Amitié improbable entre deux hommes que tout sépare y compris la langue mais qui, tous deux, sont marqués par un grand chagrin. quand Monsieur Linh rencontre Monsieur Bark, cela leur apporte à tous deux une douceur dont ils avaient l'un et l’autre grand besoin. Et qu'elle est belle cette amitié où deux homme se saluent sans cesse, bravant la barrière de la langue. 

Roman à la fois tendre et mélancolique, à la fin bouleversante, La petite fille de Monsieur Linh est totu simplement un très beau livre.

Extrait :

"Il se rappelle alors qu'il est seul au monde, avec sa petite fille. Seuls à deux. Que son pays est loin. Que son pays, pour ainsi dire, n'est plus. N'est plus rien que des morceaux de souvenirs et de songes qui ne survivent que dans sa tête de vieil homme fatigué."




mardi 15 août 2017

Balzac et la petite tailleuse chinoise - Dai Sijie

Par Ariane



Auteur : Dai Sijie

Titre : Balzac et la petite tailleuse chinoise

Genre : roman

Langue d’origine : chinois

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 192p

Date de parution : janvier 2000

Présentation de l’éditeur :

«Nous nous approchâmes de la valise. Elle était ficelée par une grosse corde de paille tressée, nouée en croix. Nous la débarrassâmes de ses liens, et l'ouvrîmes silencieusement. À l'intérieur, des piles de livres s'illuminèrent sous notre torche électrique ; les grands écrivains occidentaux nous accueillirent à bras ouverts : à leur tête, se tenait notre vieil ami Balzac, avec cinq ou six romans, suivi de Victor Hugo, Stendhal, Dumas, Flaubert, Baudelaire, Romain Rolland, Rousseau, Tolstoï, Gogol, Dostoïevski, et quelques Anglais : Dickens, Kipling, Emily Brontë... Quel éblouissement !
Il referma la valise et, posant une main dessus, comme un chrétien prêtant serment, il me déclara :
- Avec ces livres, je vais transformer la Petite Tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde.»



Mon avis :

Dans la Chine de Mao, il ne fait pas bon être vu comme un intellectuel, un bourgeois. Parce qu’ils sont fils de médecins, le narrateur et son ami Luo sont envoyés en rééducation dans un village de montagne, sans grand espoir de retour. Luo tombe amoureux de la fille du tailleur et décide de faire son éducation. Surtout après avoir découvert qu’un de leurs amis, en rééducation également, cache une valise remplie de livres. Balzac, Tolstoï, Zola,… vont aider les deux jeunes hommes à garder espoir.

C’est un roman très émouvant que nous offre Dai Sijie. Luo et le narrateur touchent le lecteur par leur appétit de vivre, leur soif de connaissance et leur foi en l’avenir qui semble pourtant bien sombre.

Le quotidien des chinois dans la Chine de Mao est terrifiant, aberrant, injuste. Comme le destin des pères des deux jeunes ou du pasteur qui nous rappellent les milliers qui ont été brisés, broyés par ce régime inique.

C’est aussi un bel hommage à la littérature. Les auteurs occidentaux vont, non seulement leur permettre de s’évader, mais aussi leur faire découvrir un monde inconnu. Lire est pour eux un acte de liberté, un acte de désobéissance, un acte d’espoir. Les deux jeunes vont partager ces livres avec d'autres grâce à leurs talents de conteurs. Et notamment à la petite tailleuse, cette jeune et jolie montagnarde dont Luo est tombé amoureux et dont il a juré de faire l'éducation.

Un très joli livre, doux-amer.



Extrait :

"Bien des années plus tard, une image de la période de notre rééducation reste toujours gravée dans ma mémoire, avec une exceptionnelle précision : sous le regard impassible d'un corbeau à bec rouge, Luo, une hotte sur le dos, avançait à quatre pattes sur un passage large d'environ trente centimètres, bordé de chaque côté par un profond précipice. Dans sa hotte en bambou, anodine, sale mais solide, était caché un livre de Balzac, "Le Père Goriot", dont le titre chinois était "Le Vieux Go" ; il allait le lire à la Petite Tailleuse, qui n'était encore qu'une montagnarde, belle mais inculte." 

L'avis d'Hélène