vendredi 6 février 2015

Avenue des géants - Marc Dugain

Par Ariane


Auteur : Marc Dugain

Titre : Avenue des géants

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 368p

Date de parution : avril 2012



Présentation de l’éditeur :

Al Kenner serait un adolescent ordinaire s'il ne mesurait pas près de 2,20 mètres et si son QI n'était pas supérieur à celui d'Einstein. Sa vie bascule par hasard le jour de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Plus jamais il ne sera le même. Désormais, il entre en lutte contre ses mauvaises pensées. Observateur intransigeant d'une époque qui lui échappe, il mène seul un combat désespéré contre le mal qui l'habite.
Inspiré d'un personnage réel, Avenue des Géants, récit du cheminement intérieur d'un tueur hors du commun, est aussi un hymne à la route, aux grands espaces, aux mouvements hippies, dans cette société américaine des années 60 en plein bouleversement, où le pacifisme s'illusionne dans les décombres de la guerre du Vietnam.



Mon avis :

C’est un roman hors du commun que nous offre ici Marc Dugain. Une plongée terrifiante dans un esprit humain dévoyé

Le personnage principal, Al Kenner, s’inspire du tueur Ed Kemper. L’auteur suit son parcours réel, mais en plaçant Kenner à la place du narrateur. L’on suit donc l’émergence d’un tueur en série depuis l’adolescence, période de ses premiers meurtres, ceux de ses grands-parents, jusqu’à son arrestation à l’âge de 25 ans. Aussi surprenant que cela paraisse pour un roman consacré à un tueur en série, les meurtres sont presque secondaires, nous n’assistons pas aux crimes, nous ne sommes pas accablés de détails sanglants, les seuls qui sont apportés son factuels. C’est l’esprit du tueur qui est au cœur du récit, pas ses actes. Et Marc Dugain réussit à nos livrer un portrait d’une grande finesse psychologique.

Étrangement, je n’ai pu m’empêcher de ressentir une certaine empathie pour lui. Car si Kenner est un tueur de la pire espèce il est aussi une victime. Victime principalement des mauvais traitements infligés par sa mère. Et encore une fois, je m’interroge sur l’influence du milieu et de l’enfance sur la construction et l’avenir d’un être humain. L’esprit d’un enfant est si malléable, si perméable que le pire comme le meilleur peuvent résulter de cette enfance. Dans le cas de Kenner (et donc de Kemper le tueur réel) on se pose la question : quel aurait pu être l'avenir de ce garçon brillant s’il avait grandi dans une famille aimante et encourageante ?

Je me pose quand même une question : pourquoi avoir changé le nom du tueur alors qu’il annonce clairement de qui il est inspiré ? Car finalement ce livre est presque une biographie romancée. Est-ce pour des raisons juridiques ?

J’ai trouvé très intéressant également ce portrait de l’Amérique des années 70. Une société en perte de repères, une jeunesse tiraillée entre deux modèles d’un côté les soldats sacrifiant leur vie au Vietnam au nom de quoi ? De l’autre les hippies remettant en cause le modèle traditionnel et espérant créer une nouvelle société. Kenner observe avec désapprobation ce délitement des valeurs traditionnelles, car malgré son parcours personnel il est très attaché à certaines valeurs.

Une lecture très intéressante, un livre intelligemment construit et une écriture agréable, que demander de plus ?



Extrait :

"Dehors, on coule. Tout ce qu’on craignait est arrivé. La terre s’épuise comme une vieille femme malade que son mari voudrait continuer à honorer chaque jour. L’Amérique a gagné. Plus de communisme, plus de rêve non plus, un seul modèle, le nôtre. Dans cinquante ans il n’y aura plus dans la mer que des poissons d’élevage, on respirera avec un masque et l’eau vaudra plus cher que le champagne. Sinon, tout va bien, de nouveaux pays émergent sur le même modèle que le nôtre. Le seul tort d’Orwell c’était de croire que le totalitarisme prendrait un visage terrifiant. Oh non ! Rien de tout cela, pour autant que vous acceptiez la petite musique mièvre des réseaux sociaux, que vous acceptiez l’obsolescence de tout ce que vous achetez au bout d’un an, que Sisyphe n’ait pour tout repos que la période des soldes, que Google sache tout de vous et puisse éventuellement le monnayer aux flics, qu’on puisse vous localiser à tout instant avec votre téléphone, vous ne risquez rien. L’humanité souffrira de moins en moins et ne manquera de rien, mais elle va sacrément s’emmerder à arpenter des parcs nationaux, en file indienne, pour regarder ce qu’il restera de nature parce que des abrutis auront pensé que faire des enfants en nombre est une bonne chose pour l’espèce."

Lu dans le cadre du challenge Petit Bac dans la catégorie taille

L'avis de Mimi, Keisha, Jostein, Kathel, Hélène

10 commentaires:

  1. cela fait très longtemps que je n'ai pas lu un livre de Marc Dugain, ton billet me donne envie de m'y remettre :-)

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    1. Tant lieux, il y a des auteurs parfois que l'on délaisse un moment pour mieux y revenir ensuite.
      Ariane

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  2. Je n'ai pas encore lu Marc Dugain (et un de plus ...). Je l'ai vu en septembre au théâtre du Rond-Point et l'avait trouvé passionnant sur son dernier roman.

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    1. Tant d'auteurs et de livres à découvrir... c'est dur !
      Ariane

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  3. "Étrangement, je n’ai pu m’empêcher de ressentir une certaine empathie pour lui" : c'est bien là, à mon avis, toute la force de ce roman, que de parvenir à nous rendre presque touchant cet individu pourtant monstrueux. Je sais que cet aspect a gêné certains lecteurs, mais j'ai trouvé cela fascinant...

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    1. C'est vrai. Marc Dugain est parvenu à faire ressortir l'humanité de ce tueur. Et plus largement, cela nous rappelle que tous ceux que nous nommons monstres (tueurs, dictateurs, terroristes et j'en passe) sont des êtres humains. Et cela nous renvoie aussi à notre responsabilité collective dans la "naissance" de ces monstres.
      Ariane

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  4. Avec ce livre j'ai découvert Marc Dugain et en suis ravie! Son enquêteur porte -presque- le nom de Dugain (pas un hasard, certainement)

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  5. Sur ma PAL depuis peu, j'ai hâte de le lire !

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    1. Bonne lecture alors. J'espère qu'il te plaira.
      Ariane

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