samedi 4 juillet 2015

Kinderzimmer - Valentine Goby

Par Daphné













Auteur : Valentine Goby
Titre : Kinderzimmer
Genre : roman
Langue d’origine : français
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages  : 220
Date de parution : 2013

Résumé de l'éditeur:

En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille détenues. Dans les baraquements, chaque femme doit trouver l'énergie de survivre, au plus profond d'elle-même, puiser quotidiennement la force d'imaginer demain. Quand elle arrive là, Mila a vingt ans. Elle est enceinte mais elle ne sait pas si ça compte, si elle porte une vie ou sa propre condamnation à mort. Sur ce lieu de destruction, comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Ce roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l'Histoire n'a pas encore eu lieu, rend compte du poids de l'ignorance dans nos trajectoires individuelles.

Mon avis:

L'horreur absolue: ce sont les  mots qui me dont venus à l'esprit durant la lecture de ce livre. L'horreur. J'ai lu beaucoup de livres, vu beaucoup de films sur la seconde guerre mondiale et sur les camps de concentration. tous m'ont fait frémir mais ce livre là est sans doute l'un de ceux qui m'a le plus marquée. Je n'avais jamais pensé auparavant qu'une femme ai pu mener une grossesse à terme et accoucher d'un enfant vivant dans un camp de concentration. Je n'avais jamais pensé que des bébés puissent naître et vivre en ces lieux. Je ne connaissais absolument pas l'existence de la kinderzimmer, endroits effroyable où ont vécus puis dépéris, si vite, tant de bébés.

Ce livre est dur. Très dur. Violent, bouleversant, dérangeant, insoutenable. L'horreur. L'horreur partout. La déshumanisation, la maladie, la peur, la mort. La transformation du corps. La transformation de l'âme. Et au milieu de tout cela, la vie. La vie qui, en dépit du corps décharné de Mila, en dépit des privation et de la souffrance, s'est accrochée. La vie. La naissance d'un bébé, c'est la vie, c'est l'émotion, c'est l'espoir. Comment imaginer la vie dans la mort? La naissance dans un camp de concentration? Ces bébés, nés au milieu de la mort, ne survivent pas longtemps et pourtant ils sont là. Ils sont nés, ils ont vécu. Comment décrire la kinderzimmer, ce lieu où, si vite, les enfants meurent? Comment ne pas être horrifié par cette S.S. qui câline les bébés puis, l'instant d'après, se met à rire devant les morsures que les rats leur ont infligé? Comment ne pas frémir devant la description de la mère qui constate qu'elle n'a plus de lait et qu'elle sait son bébé à peine né déjà condamné? Condamnés à mourir très vite de faim, de froid, ces bébés ne sont pourtant pas seuls. Ils ont leurs mères qui se battent pour eux. ils ont les mères des enfants déjà décédés qui les allaitent pour leur offrir quelques temps de vie supplémentaires. Ils ont les infirmières qui découpent des tétines dans des gants pour les nourrir. Et ils ont les autres femmes du camps, si solidaires.

En effet, au milieu de l'horreur, la solidarité est là. Elle est là, parmi les femmes qui protègent la femme enceinte, puis la jeune mère, lui permettant d'accéder à un travail un peu moins pénible, lui fabriquant des chaussons pour son enfant à venir. Elle est là, dans les tentatives des femmes pour se réchauffer entres elles la nuit, dans les conseils qu'elles se donnent les unes aux autres pour tenter de survivre, dans la fête d'anniversaire organisée pour l'une d'elles...

L'écriture est particulière, sèche, âpre, presque détachée. L'auteur ne nous épargne aucun détail, certains, insoutenables, vous forçant presque à poser le livre un instant, le temps de reprendre son souffle. Les descriptions sont abominables, si dures, si dérangeantes. 

Une lecture insoutenable, cruelle, douloureuse qui m'a retourné les tripes et le cœur. A lire, à lire absolument pour savoir, pour ne pas oublier. 


Extrait:

"Elle se demande de quoi elle accouchera vu sa minceur : un bébé chat ? Une salamandre ? Un petit singe ? Comment savoir si ce qui vient est un vrai enfant ou un produit de Ravensbrück, une masse pas regardable couverte de pus, de plaies d’œdème, une chose sans gras ? Elle n’ose pas en parler à Georgette, moins encore à Térésa : elle n’éprouve nul amour, nul désir, seule l’idée d’un espace dérobé à la vue des SS l’émeut un peu. Comment naît la tendresse ? Pendant la grossesse ? Avant l’accouchement ? Est-ce que la vue de l’enfant la déclenche ? Y a-t-il une évidence de l’amour maternel ou est-ce une invention patiente, une volonté ?"


Lu dans le cadre du Petit Bac 2015, catégorie "un seul mot"




10 commentaires:

  1. Je ne l'ai toujours pas lu et j'ai vu hier pas mal de parutions sur la table "histoire" de ma librairie, je crois que j'irai d'abord vers ceux-là.

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    1. Les trois de Charlotte Delbo et "Personne ne m'aurait cru, alors je me suis tu" de Sam Braun.

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  2. C'est ça ! L'horreur parfaitement écrite...

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    1. Oui, c'est vraiment le mot qui me vient à l'esprit...
      Daphné

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  3. Je suis incapable de lire un chose pareille et pourtant cette auteur a l'air douée.

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    1. C'est effectivement une lecture très dure et il faut s'accrocher pour le lire.
      Daphné

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  4. Un de mes plus grands coups de cœur de ces dernières années. C'est un texte qui s’empreigne en nous et ne nous quitte plus. Impressionnant !

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    1. Effectivement, le teste s'imprègne véritablement en nous. C'est une lecture que je n'oublierai pas.
      Daphné

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  5. J'avais aussi été profondément marquée et bouleversée par cette lecture.
    Ariane

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