samedi 7 janvier 2017

Règne animal - Jean-Baptiste Del Amo



Par Ariane


Auteur : Jean-Baptiste Del Amo

Titre : Règne animal

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 432p

Date de parution : août 2016

Présentation de l’éditeur :

Règne animal retrace, du début à la fin du vingtième siècle, l’histoire d’une exploitation familiale vouée à devenir un élevage porcin. Dans cet environnement dominé par l’omniprésence des animaux, cinq générations traversent le cataclysme d’une guerre, les désastres économiques et le surgissement de la violence industrielle, reflet d’une violence ancestrale. Seuls territoires d’enchantement, l'enfance – celle d’Éléonore, la matriarche, celle de Jérôme, le dernier de la lignée – et l’incorruptible liberté des bêtes parviendront-elles à former un rempart contre la folie des hommes? Règne animal est un grand roman sur la dérive d’une humanité acharnée à dominer la nature, et qui dans ce combat sans pitié révèle toute sa sauvagerie – et toute sa misère.



Mon avis :

Il est des écritures lumineuses et poétiques qui transportent le lecteur, des histoires magnifiques qui laissent sous le charme, avec le souvenir élu de cette beauté. Rien de tout cela ici. Et pourtant. Que c’est beau !

C’est une fresque familiale loin d’être romanesque que nous raconte ce roman. L’histoire d’une famille de fermiers devenus au fil du temps éleveurs porcins. Deux époques, 1898-1914 et 1981. Les premières parties se concentrent sur l’enfance et la jeunesse d’Eléonore entre une mère taciturne et un père malade, puis plusieurs décennies plus tard l’histoire est consacrée au fils et aux petits-fils d’Eléonore.

Les personnages créés par Jean-Baptiste Del Amo sont profondément beaux. Ce sont des paysans, bourrus, taiseux, travailleurs, qui ont enfermé, caché au plus profond d’eux leurs pensées, leurs émotions et leurs sentiments. L’auteur décortique ses personnages, explore leurs failles et nous présente leur âme à nu, comme une pierre précieuse tirée de la boue, une rose poussée sur le tas de fumier.

Ce n’est pas La petite maison dans la prairie, la campagne ici n’a rien de bucolique. La vie est monotone, rythmée par le cycle des saisons, le labeur harassant, la vie et la mort des bêtes. On patauge dans la boue et les immondices, l’odeur est insoutenable, le bruit des bêtes ne s’arrête jamais. C’est sale et ça pue. Certaines scènes sont terribles, presque insoutenables. Qu’il s’agisse de la mise à mort des bêtes ou des fausses-couches (j’ai d’ailleurs un doute, s’agit-il de fausses couches ou d’infanticides ???) de la génitrice. C’est cru et violent.

Règne animal, le titre est bien trouvé. Dans cette promiscuité des hommes et des bêtes, l’animalité prend le dessus sur l’humanité. L’homme exploite les bêtes et la terre, mais est dépendant. Il n’est finalement qu’un esclave, une bête de somme qui cesse de penser et accomplit machinalement ses taches. Tout autant qu’un cri vibrant contre l’exploitation animale, c’est une critique acerbe d’une société déshumanisée.

C’est un énorme coup de cœur pour l’histoire, les personnages et l’écriture de l’auteur.



Extrait :

« Aucun d’eux ne peut traverser la vie sans y  sacrifier un membre, un œil, un fils ou une épouse, un morceau de chair, et Eléonore sent la peau épaisse et grise des cals à ses genoux, ses coudes, frotter le tissu de sa robe et de son chemisier. Même les enfants semblent ne rester des enfants que le temps d’un battement de paupières. Ils viennent au monde comme le petit bétail, le temps de gratter un peu la poussière à la recherche d’une maigre pitance, puis de crever dans une triste solitude. Ils dansent au son du crincrin pour oublier qu’ils sont déjà morts avant même de naître, et l’alcool, la musique et la sarabande les plongent dans une douce transe, l’impression de la vie. »

L'avis de Laure,  
https://deslivresdeslivres.wordpress.com/2014/06/05/challenge-1-pave-par-mois/comment-page-1/http://ennalit.canalblog.com/archives/2016/01/01/33098969.html

12 commentaires:

  1. Il fait partie des livres que j'ai reçu à Noël. J'ai vraiment hâte de le lire.

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  2. Hum, belle écriture, oui, mais j'ai eu du mal... L'auteur a quand même chargé la barque campagnarde, rien ne nous est épargné.

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    1. C'est très cru et violent, mais tellement beau !
      Ariane

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  3. Ah toujours ravie de lire un nouveau coup de coeur pour ce livre qui reste l'un de ceux qui m'auront vraiment marquée, séduite et bousculée cette année !

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    1. Marquée, séduite et bousculée, c'est exactement ça.
      Ariane

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  4. Pourquoi pas, mais j'attendrai le poche.

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  5. ce livre me tente mais j'ai lu des billets très différents à son sujet : j'ai l'impression que soit on adore (comme toi), soit on déteste!

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  6. Entièrement d'accord !! Je n'en ai pas fait un coup de coeur, mais j'ai craqué pour ce livre, que je trouve magnifiquement réussi. On a souvent des avis communs quand même ;-)

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