jeudi 19 janvier 2017

Station eleven - Emily StJohn Mandel

Par Ariane




Auteur : Emily StJohn Mandel

Titre : Station eleven

Genre : roman

Langue d’origine : anglais (Canada)

Traducteur : Gérard de Cherge

Editeur : Payot

Nombre de pages : 480p

Date de parution : août 2016

Présentation de l’éditeur :

Dans un monde où la civilisation s’est effondrée suite à une pandémie foudroyante, une troupe d’acteurs et de musiciens nomadise entre de petites communautés de survivants pour leur jouer du Shakespeare. Un répertoire qui en est venu à représenter l’espoir et l’humanité au milieu de la désolation.


Mon avis :

Tous les lecteurs du monde connaissent ce sentiment : quand on n’arrive pas à lâcher un livre, qu’on a hâte de s’y replonger, qu’on le lit avec voracité tout en guettant avec inquiétude la fin qui approche. Même quand je lis de très bons romans, je ne ressens qu’assez rarement cette exaltation. Ça a été le cas avec Station eleven.

Lors d’une représentation du Roi Lear à Toronto, le célèbre acteur Arthur Leander s’écroule sur scène, terrassé par une crise cardiaque. Quelques heures plus tard les premiers cas d’une grippe féroce se déclarent sur le continent américain en provenance de Russie. Ce virus va tuer plus de 99% de la population mondiale en quinze jours. Vingt ans après, le monde a radicalement changé. Les survivants survivent dans un nouveau monde, mais parce que Survivre ne suffit pas, une petite troupe d’artistes baptisée La symphonie itinérante, va de ville en ville jouer du Shakespeare et du Beethoven.

Le roman offre tout d’abord de beaux personnages : Arthur, Clark, Miranda, Kirsten, Jeevan. La partie pré-apocalyptique du récit se centre autour de la personne d’Arthur, acteur star vieillissant, marié et divorcé trois fois, père d’un petit garçon qui vit à des milliers de kilomètres. Les autres personnages ont un lien avec Arthur. J’ai aimé ces personnages, leur fragilité, leur humanité.

Je ne suis pas du tout friande de science-fiction, pourtant j’aime assez les récits post-apocalyptiques. Alors je ne parle pas des univers YA où des hordes d’adolescents doivent sauver le monde. Non, aucun intérêt pour moi. Mais j’aime ces récits où un monde nouveau s’offre aux survivants. Un monde où tout est à construire, un territoire vierge. C’est à la fois magnifique et terrifiant. Terrifiant bien sûr par ce par quoi il faut en passer : la maladie, la mort, la destruction. Terrifiant également d’imaginer cette humanité dépouillée de tous ses accessoires, livrée à elle-même, revenue à l’essentiel : la naissance, la vie, la mort.

Vingt ans après l’épidémie, le monde est devenu moins hostiles, les survivants vivent en petites communautés très isolées, seuls les marchands permettant la circulation des biens et des informations. Mais la Symphonie itinérante apporte un répit dans le quotidien en apportant la beauté et l’art aux survivants, réminiscences d’un monde disparu.

Que faire de ce monde disparu d’ailleurs ? Pour ceux qui s’en souviennent, les souvenirs sont lourds de ce qui a disparu, de ceux qui ont disparu. Mais ceux qui étaient trop jeunes ou qui sont nés après, peinent à comprendre ce qu’était ce monde qui s’apparente pour eux à un mythe. Faut-il leur raconter ce monde où il suffisait d’appuyer sur un bouton pour avoir de la lumière, de la chaleur en hiver ou de la fraicheur en été ? Où l’on pouvait facilement se déplacer en voiture ou aller à l’autre bout du monde en avion ? Où l’on pouvait parler à une personne par téléphone ? Où grâce à un ordinateur on pouvait avoir accès à toutes sortes de connaissances ? Où il suffisait d’ouvrir le frigo pour avoir de la nourriture, d’aller à la pharmacie pour  avoir des médicaments ? Toutes ces choses qui font notre quotidien, auxquelles on ne prête pas attention tant elles semblent aller de soi. Comment imaginer que tout cela disparaisse ?

Car après tout, ce qui est décrit dans le roman est plausible. Pas de zombis ni d’extraterrestres, pas de terroristes ayant causé la catastrophe. Juste un virus. Après tout, des épidémies meurtrières l’humanité en a déjà connu. Et c’est bien ce qui est le plus effrayant. Tout cela est possible. Effrayant donc, mais le roman n’est en rien déprimant. Au contraire, c’est un livre empli de lumière et de beauté, de nostalgie pour un monde perdu et d’espoir pour un monde nouveau. 
Bon allez, deux petits défauts tout de même. Tout d'abord, le fait que les personnages secondaires sont nommés par leur fonction (la troisième guitare, la clarinette,...). Je comprends que cela a pour but de ne pas perdre le lecteur parmi une multitude de personnages, mais le rendu est un peu étrange. Quand les artistes de la Symphonie itinérante parlent entre eux d'un autre membre de la troupe de cette façon alors qu'ils vivent ensemble depuis des années, ça manque de crédibilité. Sinon, j'ai trouvé que le sort du Prophète était réglé de façon un peu expéditive.  

C’est donc un énorme coup de cœur pour ce roman passionnant que je recommande à tous, même à ceux qui comme moi, n’aiment pas la science-fiction.



Extraits :

« La beauté de ce monde quasiment dépeuplé. Si l’enfer c’est les autres, que dire d’un monde où il n’y a presque plus personne ? » 

« Peut-être l’humanité s’étendrait-elle bientôt, simplement, mais Kirsten trouvait cette idée plus apaisante que triste. Tant d’espèces étaient apparues sur la Terre et avaient disparu par la suite ; quelle importance, une de plus ? »

"Plus d'Internet. Plus de réseaux sociaux, plus moyen de faire défiler sur l'écran des litanies de rêves, d'espoirs fiévreux, des photos de déjeuners, des appels à l'aide, des expressions de satisfaction, des mises à jour sur le statut des relations amoureuses grâce à d es icônes en forme de cour - brisé ou intact -, des projets de rendez-vous, des supplications, des plaintes, des désirs, des photos de bébés déguisés en ours ou en poivrons pour Halloween.Plus moyen de commenter ou de lire les récits de la vie d'autrui et de sentir ainsi un peu moins seul chez soi. Plus d'avatars."

L'avis d'Eva qui m'a donné envie de lire ce livre. Merci !  
Les avis de Clara, Noukette, Léa, Aifelle,
https://deslivresdeslivres.wordpress.com/2014/06/05/challenge-1-pave-par-mois/comment-page-1/http://ennalit.canalblog.com/archives/2016/12/01/34551554.html

14 commentaires:

  1. J'ai eu quelques bémols à la lecture (la fin comme toi ..) et le début qui ne tiens pas toutes ses promesses, mais c'est addictif d'un bout à l'autre.

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  2. Le début, j'ai accroché (avec une interrogation) ensuite boaf, j'étais décrochée, adieu.

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    1. C'est vrai ? Comme quoi, les avis ne sont pas unanimes !
      Ariane

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  3. Je ne lis que des avis positifs! Pourtant, je reste sceptique...

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  4. Quelques avis mitigés m'avaient détournée de ce roman, mais je le garde en tête, si tu l'as aimé à ce point, il ne peut pas être mauvais ! ;-)

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  5. J'attends qu'il se libère à la bibliothèque pour enfin le découvrir !

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  6. Un énorme coup de coeur pour moi.

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  7. Beaucoup de lecteurs pour ce livre et des avis assez unanimes. Je le note pour plus tard

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