vendredi 12 mai 2017

Le gardien de nos frères - Ariane Bois

Par Daphné
















Auteur : Ariane lois
 Titre : Le gardien de nos frères
 Genre : roman
 Langue d’origine : Français
 Editeur : Belfond
 Nombre de pages : 384


Résumé de l'éditeur :

 En 1939, Simon Mandel a 16 ans. Entré dans la Résistance, il sera blessé au maquis. En 1945, la guerre lui a tout pris et notamment Elie, son petit frère, disparu dans des conditions mystérieuses. Dans une France désorganisée et exsangue, Simon embrasse une nouvelle cause, celle des Dépisteurs. Ces jeunes Juifs, anciens scouts et combattants, ont pour mission de retrouver des enfants dont les parents ne sont pas revenus des camps. Sillonner le pays à la recherche des siens est sans doute le seul espoir pour Simon de retrouver Elie.
Dans ce monde traumatisé où le retour à la vie sera pour certains une tragédie de plus, Simon rencontre Léna, survivante du ghetto de Varsovie. Rejetée par son propre pays, la Pologne, elle cherche elle aussi à redonner un sens à son existence. De Paris à Toulouse, d'Israël à New York, la reconstruction bouleversante de deux jeunes révoltés portés par la force de l'amour et le souffle de l'Histoire.


Mon avis:

A la fin de la seconde guerre mondiale, Simon, jeune garçon juif entré dans la résistance, apprend une par une les pertes des membres de sa famille. Mais où est Elie son petit frère dont la piste semble impossible à retrouver? Simon est convaincu que son frère est vivant et remue ciel et terre pour le retrouver. C'est alors qu'il prend connaissance des "Dépisteurs" dont la mission est de retrouver des enfants cachés pendant la guerre. Tout en continuant à chercher Elie, Simon part à la recherche de ces enfants et fait par la même occasion la connaissance de Léna, rescapée du ghetto de Varsovie. 

L'auteur aborde ici un thème dont on parle il me semble assez peu dans la littérature : ce qu'il est advenu de tous ces enfants cachés pendant la guerre. Si j'ai lu plusieurs livre à propos de ces enfants se passant pendant la guerre, il me semble que c'est seulement le deuxième que je lis les évoquant durant la période de l'après guerre. On sent, à la lecture de ce livre, que l'auteur s'est très bien documenté. A travers les recherches de Simon, on croise ainsi, toujours brièvement mais de manière assez intense, le chemin de plusieurs enfants. Certains ont souffert de leur séjour dans une famille qui ne les accueillait que pour l'argent mais d'autres ont vécus de très beaux moments dans une famille à laquelle ils se sont attachés, qui les aime et a parfois du mal à les laisser repartir. Se pose aussi la question de la religion : ayant grandi pendant souvent plusieurs années loin de leur religion, certains enfants, par le biais de ceux qui les ont accueillis, en ont pratiqué une autre. que faire devant un enfant qui refuse de quitter sa famille d'accueil alors que quelqu'un l'attend? Devant une personne qui refuse de laisse repartir l'enfant qu'elle a sauvé et élevé pendant plusieurs années? Comment apaiser les souffrances d'un enfant qui a certes été sauvé de la guerre mais maltraité loin de ceux qu'il a aimé?  Ce livre soulève les douloureuses questions de la séparation entre des enfants et ceux qui les ont accueillis mais aussi des retrouvailles, souvent compliquées, avec un membre survivant de la famille, souvent traumatisé par la guerre et par de nombreux deuils. Comment se retrouver après la brutale séparation de la guerre? Comment surmonter les pertes immenses auxquelles se sont retrouvés confrontées tant de personnes? 

Ce livre pose aussi la question de la place à retrouver dans une vie où la destruction a primé tout au long de la guerre. Pour ceux qui ont tout perdu, où aller et que faire? Y a t-il un endroit quelque part qui permette de tout recommencer et d'oublier la douleur? Cette question est évoquée notamment à travers le personnage de Léna, seule survivante de sa famille, rescapée du ghetto de Varsovie. Léna qui a tant souffert et tout perdu : sa famille mais aussi son pays. Alors que Simon veut reprendre sa vie là où il l'a laissé en retrouvant l'appartement familial, Léna, elle rêve d'une terre accueillante où la communauté juive pourrait enfin vivre en paix. En se tournant vers Israël, c'est de cette paix dont elle rêve avant tout. On assiste ainsi au tout début du conflit israélo-palestinien, traité dans le livre de manière assez brève et discrète mais qui pousse au questionnement.

La résistance juive a également une grande part dans ce roman, Simon et sa sœur Madeleine, y avant participé chacun à leur manière. C'est de manière toujours aussi bien documentée que l'auteur nous décrit certains actes de résistance durant la guerre. 

Ce roman a une plume assez particulière, sobre et parfois presque distante. D'horribles événements nous sont contés d'une manière très détaillée mais presque sans émotion. Si le roman est émouvant, il l'est bien davantage par l'histoire en elle même que par son écriture dont la sobriété m'a parfois surprise. Les personnages sont particulièrement bien travaillés. Léna et Simon forment un tandem à la fois étrange et émouvant. Chacun aidera doucement l'autre à panser ses blessures. si leurs points de vue divergent souvent, ils seront chacun indispensable à la reconstruction de l'autre. 

Sans parti pris et avec discrétion, l'auteur nous offre ici un très beau roman. Un roman pour ne pas oublier, un roman qui touche et interroge.

Extrait :

"Plusieurs fois, Simon croira reconnaître la silhouette de son père, le profil de sa mère. Les camps semblent n’avoir rejeté qu’un seul homme, qu’une seule femme, tous les mêmes, remodelés à l’identique sur la chaîne du malheur. Terrible impression. Il s’efforce de ne dévisager personne, d’avoir l’air sûr de lui, mais, au fond, il est terrifié. Comment ces ombres glissant sous le lustre en cristal du Lutecia pourraient-ils avoir quelque chose en commun avec ses parents ? Comment reconnaître les siens ? Et surtout, leur dire ce qui est arrivé ?"

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