mercredi 13 décembre 2017

Journal d'un chat assassin - Anne Fine

Par Ariane et Chloé

Auteur : Anne Fine
Illustrateur : Véronique Deiss
Titre : Journal d'un chat assassin
Editeur : L'école des loisirs
Nombre de pages : 78p
A partir de 7 ans

Présentation de l'éditeur :
Lundi, j'ai tué un oiseau. C'est vrai. Ellie, ma maîtressse, a sangloté si fort en me serrant contre elle que j'ai cru me noyer. Mais dites-moi, qu'est-ce que je suis censé faire quand une petite boule de plumes m'arrive entre les pattes? Je suis un chat, tout de même. Mercredi, j'ai rapporté une souris morte à la maison. Je ne l'avais même pas tuée mais Ellie a encore beaucoup pleuré.

Mon avis :
Pour faire court : j'ai adoré ce chat assassin ! 
Je vais quand même développer un peu. Sous forme de journal intime, un chat nous raconte son quotidien et ses déboires avec ses maîtres, qui décidément ne comprennent rien aux chats. 
j'ai aimé la forme choisie pour la narration, car à travers son journal, c'est au lecteur lui-même que s'adresse Tuffy. Le lecteur est donc partie prenante de l'histoire, mais pourtant Tuffy réserve quelques surprises. Et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il ne manque pas d'humour le Tuffy. Il est très drôle, tout en gardant ce côté distant et légèrement pédant, propre aux chats. 
Pour moi, ce fut un vrai plaisir et j'espère bien lire avec ma fille la suite des aventures de ce brave chat.


L'avis de Chloé :
C'est un chat qui chasse des souris et des oiseaux mais ses maîtres ne sont pas contents quand il les amène dans leur maison. Et un jour quand le chat ramène un lapin, ils sont très fâchés parce que c'est le lapin des voisins.
C'est très rigolo parce que c'est le chat qui raconte et il est coquin. Il tue des souris mais c'est normal, les chats font ça.

Extrait :
"Je déteste les samedis matin. C'est très inquiétant toute cette agitation, les portes qui claquent, les « c'est toi qui a pris le porte-monnaie ? », les « où est la liste des courses ? » et les « on doit acheter des boîtes pour le chat ? ». Bien sûr qu'il faut des boîtes pour le chat. Qu'est-ce que je suis supposé manger toute la semaine ? Du vent ?"

"J'ai trouvé cet homme un peu grossier. J'ai agité ma queue, et je lui ai fait le clin d'œil qui tue. Pour qui il se prend celui-là. Si je veux assister à un petit enterrement d'oiseau, j'y assiste. après tout, je connaissais l'oiseau depuis plus longtemps qu'eux. Je l'ai connu vivant, moi."

"C'est ça, c'est ça. Allez-y, pendez-moi. J'ai tué un oiseau. C'est que je suis
un chat, moi. En fait, c'est mon boulot de rôder dans le jardin à la recherche de ces petites créatures qui peuvent à peine voleter d'une haie à l'autre. Dites-moi, qu'est-ce que je suis censé faire quand une petite boule de plumes se jette dans ma gueule ?
Enfin, quand elle se pose entre mes pattes. Elle aurait pu me blesser.
Bon d'accord, je lui ai donné un coup de patte. Est-ce une raison suffisante
pour qu'Ellie se mette à sangloter si fort dans mon poil que j'ai bien failli me noyer ? Et elle me serrait si fort que j'ai cru étouffer."




mardi 12 décembre 2017

Nos richesses - Kaouther Adimi

Par Ariane


Auteur : Kaouther Adimi

Titre : Nos richesses

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Seuil

Nombre de pages : 224p

Date de parution : août 2017

Présentation de l’éditeur :

En 1935, Edmond Charlot a vingt ans et il rentre à Alger avec une seule idée en tête, prendre exemple sur Adrienne Monnier et sa librairie parisienne. Charlot le sait, sa vocation est d'accoucher, de choisir de jeunes écrivains de la Méditerranée, sans distinction de langue ou de religion. Placée sous l'égide de Giono, sa minuscule librairie est baptisée Les Vraies Richesses. Et pour inaugurer son catalogue, il publie le premier texte d'un inconnu : Albert Camus. Charlot exulte, ignorant encore que vouer sa vie aux livres, c'est aussi la sacrifier aux aléas de l'infortune. Et à ceux de l'Histoire. Car la révolte gronde en Algérie en cette veille de Seconde Guerre mondiale.

En 2017, Ryad a le même âge que Charlot à ses débuts. Mais lui n'éprouve qu'indifférence pour la littérature. Étudiant à Paris, il est de passage à Alger avec la charge de repeindre une librairie poussiéreuse, où les livres céderont bientôt la place à des beignets. Pourtant, vider ces lieux se révèle étrangement compliqué par la surveillance du vieil Abdallah, le gardien du temple.



Mon avis :

J’avais tellement envie en commençant ce roman d’avoir un coup de cœur… En septembre, j’ai assisté à une rencontre organisée par ma librairie préférée avec Caroline Laurent, Alice Zeniter et Kaouther Adimi. Cette rencontre m’avait donné envie de lire ces trois romans et  les romans des deux premières ont été de grands et beaux coups de cœur. Alors sur le principe du « jamais deux sans trois », j’espérais qu’il en serait de même pour le dernier.

A Alger en 1936, Edmond Charlot ouvre la librairie Les vraies richesses, nom choisi en hommage à Giono. Dans ce minuscule local, Charlot sera à la fois libraire, éditeur et bibliothécaire. Il publiera de nombreux auteurs parmi les plus grands noms de la littérature française, Camus en tête. En 2017, la librairie devenue une succursale de la bibliothèque d’Alger est vendue à un investisseur qui décide d’en faire une boutique de beignets. Ryad un jeune étudiant est chargé de vider les lieux, ce qu’il fait sans grand intérêt ni pour sa tâche ni pour le lieu, sous le regard d’Abdallah, le dernier gardien des lieux.

Il y a dans ce roman de nombreux éléments très intéressants : l’histoire d’Edmond Charlot, celle de l’Algérie en toile de fond, le rapport à la librairie et ce que Kaouther Adimi imagine autour du devenir de la librairie, la rencontre d’Abdallah et de Ryad. Toutefois j’ai trouvé que l’ensemble ne prenait pas, le tout m’a semblé trop peu approfondi. Et je n’ai pas du tout adhéré aux choix de l’auteur d’imaginer les carnets d’Edmond Charlot. J’ai trouvé que cela cassait le rythme du roman.

J’ai vraiment aimé découvrir Edmond Charlot, cet homme passionné et passionnant, totalement dévoué à son métier malgré tous les aléas rencontrés. Et ce qui ressort c’est la générosité d’un homme amoureux de la littérature, amoureux de son pays, ami fidèle. Une biographie n’aurait sans doute pas rencontré un grand succès, et c’est dommage car l’homme gagne sans doute à être connu.

C’est dommage, j’espérais un coup de cœur, mais je reste un peu sur ma faim.



Extrait :

« Au dîner, ma grand-mère m’a tendu un papier qu’elle a trouvé en faisant du tri. Elle avait un petit sourire espiègle. C’était un mot d’un ancien professeur de l’école des jésuites. Elève difficile et la tête dans les nuages. Un commentaire qui me conforte dans le projet de ne pas rentrer à l’université pour mieux me consacrer à la littérature. »

D'autres avis chez Mimi, Kathel, Eva, Jostein,Violette

lundi 11 décembre 2017

Capitaines des sables - Jorge Amado

Par Daphné



















Auteur : Jorge Amado
Titre : Capitaines des sables
Genre : roman
Langue d’origine : portugais

Traducteur : Vanina
Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 293
date d'édition : 1652

Résumé de l'éditeur :

Dans un coin abandonné et désert des entrepôts de Bahia, grand port brésilien, vivent en marge de la société de nombreux gamins surnommés les «Capitaines des Sables». Vêtus de guenilles, sales, quasi affamés, lâchant des jurons et fumant des mégots, ils sont en vérité les maîtres de la ville, ceux qui la connaissent totalement, ceux qui totalement l'aiment, ses poètes. Ils volent, participent à toutes sortes de mauvais coups, et si habilement que la police ne peut jamais les prendre sur le fait.
Leur chef s'appelle Pedro Bala. Ses lieutenants sont le Professeur (parce qu'il aime lire), Patte-Molle, le Chat, Sucre-d'Orge, Coude-Sec, etc. Un jeune prêtre, l'abbé José Pedro, s'intéresse à eux, essaie de les ramener dans une voie meilleure. S'il réussit à se faire aimer d'eux, il ne parvient pas à les amender et n'aboutit qu'à se faire très mal voir de ses supérieurs. C'est l'existence mouvementée, dramatique et poétique à la fois, de cette bande de petits chenapans qui unissent la ruse et l'audace des hommes faits à l'innocence et au charme des enfants qu'évoque le roman de Jorge Amado.


Mon avis :

Dans les années 1930,  Bahia, au Brésil, de nombreux enfants vivent dehors, survivant comme ils le peuvent, en marge et contre la société, commettant un certain nombre de méfaits, s'aidant et se protégeant les uns les autres, découvrant le sexe et l'amour à mi-chemin entre violence et tendresse.

Dans un langage à la fois cru et plein de vie, ce roman nous fait découvrir l’existence de ces enfants qui ont tous leur propre caractère et leur propre destin. Leur histoire est à la fois dure et violente, la misère et le viol faisant partis intégrantes de leur vies car ces portraits enfantins sont loin d'être idéalisés et ne dissimulent pas leurs actes, et pourtant on y trouve une certaine tendresse, un goût doux amer dans la solidarité des enfants entre eux, dans leur manière de se débattre dans un monde qui ne veut pas d'eux. 


Un livre rude et émouvant.

Extrait :

" Jamais nul ne sut le nombre exact des enfants qui vivaient ainsi. ils étaient bien une centaine et, de ceux là, plus de quarante dormaient dans le vieil entrepôt. 
Vêtus de guenilles, sales, quasi affamés, agressifs, lançant des jurons et fumant des mégots, ils étaient en réalité les maîtres de la ville, ceux qui la  connaissaient totalement, ceux qui totalement l'aimaient, ses poètes."


samedi 9 décembre 2017

La nuit des béguines - Alice Kliner

Par Ariane



Auteur : Alice Kliner

Titre : La nuit des béguines

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Liana Levi

Nombre de pages : 336p

Date de parution : août 2017




Présentation de l’éditeur :

Paris, 1310, quartier du Marais. Au grand béguinage royal, elles sont des centaines de femmes à vivre, étudier ou travailler comme bon leur semble. Refusant le mariage comme le cloître, libérées de l’autorité des hommes, les béguines forment une communauté inclassable, mi-religieuse mi-laïque. La vieille Ysabel, qui connaît tous les secrets des plantes et des âmes, veille sur les lieux. Mais l’arrivée d’une jeune inconnue trouble leur quiétude. Mutique, rebelle, Maheut la Rousse fuit des noces imposées et la traque d’un inquiétant franciscain… Alors que le spectre de l’hérésie hante le royaume, qu’on s’acharne contre les Templiers et qu’en place de Grève on brûle l’une des leurs pour un manuscrit interdit, les béguines de Paris vont devoir se battre. Pour protéger Maheut, mais aussi leur indépendance et leur liberté.
Tressant les temps forts du règne de Philippe le Bel et les destins de personnages réels ou fictifs, Aline Kiner nous entraîne dans un Moyen Âge méconnu. Ses héroïnes, solidaires, subversives et féministes avant l’heure, animent une fresque palpitante, résolument moderne.



Mon avis :

Ni épouses ni nonnes, les béguines bénéficient d’une liberté rare pour les femmes du Moyen-Age. Ysabel a rejoint le béguinage après la mort de son mari, tout comme Ade et d’autres béguines. Un matin, elle découvre devant la porte du béguinage une jeune fille qui a fui un mariage imposé. Sa fuite et sa rousseur la mettent en danger et avec elle, les béguines qui l’ont recueillie. L’histoire de Maheut et la grande histoire du royaume de France, du procès des Templiers et des béguines s’entremêlent dans ce roman historique.

Plus que l’histoire, agréable mais classique, j’ai aimé cette immersion dans le Paris du début du 14ème siècle et la découverte du grand béguinage royal. Pour autant que je puisse en juger, le roman est bien documenté, Alice Kliner s’est attachée à rester au plus près de la réalité en créant son intrigue.

Et cette lecture m’a aussi rappelé une de mes plus belles expériences de lectrice : la lecture des Rois maudits quand j’étais adolescente. D’ailleurs, je devrais peut-être relire cette saga passionnante. 

D'autres avis chez Orzech, Nicole

vendredi 8 décembre 2017

Comment nous sommes devenus humains, les origines de l'empathie - Sarah Blaffer Hrdy

Par Daphné




















Auteur : Sarah blaffer Hrdy
Titre : La femme qui n'évoluait jamais
Genre : sociobiologie, anthropologie, primatologie
Langue d’origine : anglais
Traducteur : Marlène Martin
Editeur : Payot
Nombre de pages : 331
Date de parution : 2009

Résumé de l'éditeur :

Quelque part en Afrique, il y a plus d'un million d'années de cela, une lignée de singes a commencé à élever ses petits différemment de leurs ancêtres les grands singes. 
De cette nouvelle forme de soins sont nées de nouvelles façons d'entrer en relation et de se comprendre mutuellement. 
Comment ces aptitudes humaines si particulières ont évolué, et comment elles ont permis de nous maintenir en vie pendant des milliers de générations, tel est le mystère révélé par ce brillant et audacieux regard porté sur l'évolution émotionnelle humaine. 
Comment nous sommes devenus humains en trouve la clef dans la longue durée de l'enfance humaine, fait unique chez les primates. Si les petits doivent survivre dans un monde où la nourriture est rare et les prédateurs dangereux, il faut que non seulement leurs mères s'occupent d'eux, mais aussi leurs frères et sœurs, leurs tantes, leurs pères, leurs amis, et s'ils sont chanceux - leurs grands-mères. 
C'est de cette forme d'éducation complexe, affirme Sarah Blaffer Hrdy, qu'est née notre capacité humaine à déchiffrer les pensées et les intentions de ceux qui nous entourent. 
Riche, vivant, inspirant, ce voyage à travers l'enfance nous mène des ouistitis aux chimpanzés, en passant par les rats-taupes nus et les geais buissonniers, mais nous fait aussi découvrir le mode de vie des groupes de chasseurs-cueilleurs contemporains, pour éclairer des questions très actuelles : 
*de quoi ont vraiment besoin les jeunes mères et leurs bébés ? 
*Pourquoi les relations familiales et amicales des femmes entre elles sont si importantes ? 
*Quelle est la place des pères dans l'éducation, et comment peuvent-ils la prendre pleinement ? 
*Comment offrir aux tout-petits les conditions pour qu'ils développent leur sens inné de l'empathie ? 
Sur ces questions et bien d'autres, Comment nous sommes devenus humains offre des réponses au plus près des connaissances scientifiques, dans une éblouissante fresque du passé et de l'avenir des émotions humaines. 


Mon avis :

Après La femme qui n'évoluait jamais  et Les instincts maternels, je continue ma découverte des thèses de Sarah Blaffer Hrdy, sociobiologiste, primatologue et anthropologue américaine. De même que ses précédents ouvrages, j'ai trouvé ce livre-là très intéressant. 

Quel est le propre de l’être humain? Qu'est ce qui  le différencie réellement des autres primates et  comment en est il venu à peupler la Terre de manière si flagrante? Généralement, les réponses que l'on trouve à ces questions tournent autour de la parole et de la bipédie. Pour Sarah Blaffer Hrdy, la réponse serait plutôt l'empathie qui elle -même trouverait source dans un mode d'éducation complexe et partagé. Partagé car il semblerait que l’être humain soi le seul être à accepter de confier son bébé à d’autres personnes, les "alloparents" c'est à dire toute personne aidant la mère dans l'éducation de son enfant. La coopération et le partage de la parentalité aurait permis le développement de l'empathie et par cela même la survie de l’être humain. Les grand-mère auraient particulièrement eu un rôle important à jouer, ce qui expliquerait le fait, que , contrairement aux autres espèces, une femme vit encore longtemps après la ménopause : le fait de ne plus pouvoir avoir d'enfant ne serait donc pas une fin en soi, comme c'est le cas chez les autres espèces où les femelles ne survivent guère de temps après cela. Au contraire, la femme ménopausée aurait encore un grand rôle à jouer. Celui d'apporter un soutien aux jeunes mères et donc de contribuer au développement et à la survie de l'espèce humaine. 

S'appuyant sur l'étude et l'observation de différents primates et de peuples de chasseurs cueilleurs, Sarah Blaffer Hrdy remonte aux origines de l'humanité et de l'empathie d'une manière absolument passionnante, nous éclairant sur de nombreux points tels que les besoins de l'enfant et de la mère, la place du père et celle de l'entourage, l'importance des émotions et la manière dont les perçoit l'être humain. 

Encore un ouvrage de Sarah Blaffer Hrdy dans lequel j'ai beaucoup appris et que j'ai aimé découvrir! 

Extrait :

"Nul ne dispose d'une machine à remonter le temps pour pour aller voir à quoi ressemblait l'éducation des petits dans le Pléistocène et pour témoigner de ses trajectoires développementales novatrices. En revanche, nous disposons d'indications provenant d'un ensemble vaste et varié de primates et d'autres animaux qui sont adéquates pour comprendre pourquoi les autres membres du groupe se mettent à apporter de l'aide et comment la reproduction communautaire a pu apparaître et se développer. "